Extrait Dernière Conférence Krisnamurti

 krihnamurti.jpg


Jiddu Krishnamurti (12 mai 1895 Inde - 17 février 1986 Californie) fut un orateur bien connu sur les sujets philosophiques et spirituels fondamentaux. Krishnamurti rencontra C.W. Leadbeater sur la plage privée du siège de la Société Théosophique à Adyar, Chennai, Inde. Il fut ensuite élevé sous la tutelle de Annie Besant et C.W. Leadbeater, dirigeants de la société à cette période, qui le voyaient comme le « véhicule » de « l’Instructeur du Monde » qu’ils attendaient. Jeune homme, il désavoua cette idée et dissout une organisation mondiale (l’Ordre de l’Etoile) constituée pour le soutenir. 
il passa sa vie à voyager autour du monde en expliquant aux gens le besoin de se transformer par eux-mêmes au travers de la connaissance de soi. Bien qu’il ait été très sensible aux questions contemporaines aux cours des décennies, ses réponses étaient enracinées dans sa vision intemporelle de la vie et de la vérité.Refusant de jouer le rôle de gourou, il a exhorté ses auditeurs à observer les questions fondamentales de l’existence avec honnêteté, persistance et ouverture d’esprit.A l’âge de 91 ans il s’est adressé aux Nations-Unies sur le sujet de la paix et de la conscience, et s’est vu décerner la médaille de la paix des Nations-Unies pour l’année 1984. Sa dernière conférence publique eut lieu à Madras en Inde en janvier 1986, un mois avant sa mort à son domicile à Ojai en Californie...

"Si l'on perd le contact avec la nature, on perd le contact avec l'humanité.Coupé de tout rapport avec la nature, on devient un tueur. On peut alors massacrer les bébés phoques, des baleines, des dauphins ou des hommes, pour le profit, pour le "sport", pour sa nourriture ou au nom de la science. La nature se sent alors menacée par vous et vous prive de sa beauté. Vous pourrez effectuer de longues promenades dans les bois ou camper dans des endroits merveilleux, vous resterez un tueur et tout rapport d'amitié avec ces lieux vous sera refusé. Vous n'êtes probablement proche de rien ni de quiconque, qu'il s'agisse de votre femme ou de votre mari. Vous êtes bien trop occupé, pris dans la course des profits et des pertes et dans le cycle de votre propre pensée, de vos plaisirs et de vos douleurs. Vous vivez dans les ténèbres de votre propre isolement et vouloir le fuir vous plonge dans des ténèbres encore plus profondes. Vous ne vous préoccupez que d'une survie à court terme, irréfléchie, que vous soyez accommodant ou violent. Et des milliers d'êtres meurent de faim ou sont massacrés à cause de votre irresponsabilité.

Vous abandonnez la marche de ce monde aux politiciens corrompus et menteurs, aux intellectuels, aux spécialistes. Etant vous-même dépourvu d'intégrité, vous édifiez une société immorale, malhonnête, qui repose sur l'égoïsme absolu. Et quand vous tentez de fuir cet univers dont vous êtes seul responsable, c'est pour aller sur les plages ou faire du "sport" avec un fusil. Il est possible que vous sachiez tout cela, mais la connaissance ne peut nullement vous transformer. Ce n'est qu'en éprouvant le sentiment de faire partie intégrante du tout que vous serez relié à l'univers."  
(Extrait du "journal" de Krishnamurti - Ed. Buchet/chastel)

Une manière d’agir totalement différente
Par Krishnamurti


Nous observons ce qui se passe dans le monde. Nous observons l’extrême violence à l’œuvre dans le monde : les guerres, la menace de la bombe atomique, les dissensions religieuses, les divisions nationalistes avec leur panoplie d’armements. L’univers dans lequel nous vivons est un univers dangereux, et la plupart des gens ne se rendent pas compte, je le crains, de l’immense dégradation, de l’immense dégénérescence en marche dans le monde entier. Et nous nous efforçons d’appliquer à ces problèmes des solutions politiques, économiques, sociales ou évangéliques — ce qui, bien entendu, ne fait qu’accroître encore la confusion, la séparation, la division et donc le confit.
Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes. La crise, elle est dans notre conscience, c’est-à-dire dans notre esprit, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité. C’est là qu’est la crise. L’esprit humain a évolué sur des millions et des millions d’années, il est conditionné par le temps et l’évolution. Un esprit conditionné de la sorte, avec la conscience étroite, limitée, exclusive qui est la sienne — considérant la crise qu’il traverse dans le monde actuel — peut-il jamais être changé ? Peut-il amener un changement radical au sein de ce conditionnement ?
Identifier cette conscience comme étant la mienne et la vôtre, est une erreur totale, car notre conscience est la conscience de l’humanité. L’homme, la femme, où qu’ils se trouvent dans l’univers, sont en perpétuel effort, en perpétuel conflit, sans jamais résoudre aucun des problèmes tels que la peur, la souffrance, la solitude, mais toujours en quête de plaisir. Cette solitude, ce chagrin, cette douleur, cette souffrance, ponctués d’éclairs occasionnels de joie et d’amour, sont le lot commun de l’humanité. C’est une réalité psychologique patente, mais la plupart d’entre nous répugnent à la voir, tant nous nous identifions à notre conscience spécifique, à notre chagrin spécifique, à notre félicité spécifique. Mais la réalité psychologique — pour peu que l’on observe attentivement, avec toute la finesse d’une conscience aiguisée — le fait, donc c’est que partout dans l’univers, aux quatre points cardinaux, les êtres humains passent par des épreuves, des expériences rigoureusement identiques aux vôtres.

Cette conscience est donc commune à l’humanité toute entière. Ceci doit être clairement compris. Il n’y a là nulle contradiction ; il ne s’agit pas d’un point de vue, de quelque invention de l’auteur. Si nous examinons les choses très à fond, d’une manière objective et non personnelle, nous constatons que, psychologiquement, tel est bien le fond commun de l’humanité toute entière. Cette nouvelle ne nous réjouit pas forcément, car nous croyons tous êtres des individus, distincts de tous les autres, et nous nous efforçons de nous identifier à quelque chose, de nous réaliser, de devenir. Nous sommes tous individualistes, étriqués, limités. Mais la réalité, sur le plan psychologique, c’est que nous ne sommes pas des individus. Vous êtes le collectif. Nous sommes le résultat de ces millions et millions d’années. Notre conscience est la conscience commune de toute l’humanité. Et si nous ne comprenons pas cela très clairement, nous ne serons pas en mesure de poursuivre cette investigation de manière lucide.

Où que l’on vive dans le monde, ce sentiment d’individualité a toujours été mis en valeur. Les religions l’ont soutenu, l’éducation l’a maintenu. Et cette liberté, censément individuelle, a suscité dans l’univers un formidable chaos. La constatation est claire. Nous nous croyons libres parce que nous pouvons choisir ; mais le choix implique l’incertitude, le manque de clarté. La clarté ne peut apparaître qu’en l’absence de conflit, et cette clarté-là ne relève pas du choix. Seul un esprit obscur, confus, incertain entreprend de choisir.

Je vous en prie, menez votre propre enquête à mesure que nous avançons. Nous n’édictons pas la loi ; nous ne vous menons nulle part ; il ne s’agit ici ni d’acceptation ni de soumission ; il s’agit en fait d’une réflexion commune que nous menons ensemble. En matière d’esprit, en matière d’investigation psychologique approfondie, il faut être libre de tout sentiment d’allégeance envers qui que ce soit. Car c’est un royaume où il n’y a ni chef ni guide. Il faut observer, constater, voir de soi-même avec lucidité qui l’on est vraiment — sans suivre les vues d’aucun philosophe, psychothérapeute ou psychologue. Eux aussi sont des êtres humains, eux aussi connaissent la souffrance, l’angoisse, le désespoir de la solitude. Ils contribuent donc eux aussi à cette confusion. Eux aussi partagent cette conscience commune.

Sans vous laisser imposer quoi que ce soit par un tiers, ou par l’orateur, observez vous-même, en toute lucidité, en toute objectivité, observez les faits, d’une manière qui ne soit ni personnelle ni émotionnelle. Nous ne sommes pas identiques physiquement — on peut être homme ou femme, plus ou moins clair ou foncé de peau, avoir des yeux de couleur différente, et ainsi de suite, mais intérieurement, tout au fond de nous, nous sommes exposés aux mêmes phénomènes que le reste de l’humanité. C’est une constatation logique, raisonnable, sensée. Et si l’on comprend, si l’on perçoit en profondeur ce fait, alors nous sommes totalement responsables de tout ce qui se passe dans le monde. Nous abordons là une situation extrêmement sérieuse ; car en effet les êtres humains sont en voie de dégénérescence, en passe de se détruire.

Cette conscience, où la crise a son siège — et nulle part ailleurs — est une élaboration de la pensée. Notre conscience, avec tout son contenu, est le produit de la pensée. En Occident, la pensée a accepté une propagande religieuse vieille de deux mille ans. En Orient, tout comme à l’Ouest, la pensée a créé des images, des rituels, des symboles, des superstitions religieuses, des croyances dogmatiques, une foi, etc. C’est irréfutable, la raison en prend note. On peut constater les limites de la raison, mais il faut être capable de raisonner de manière très claire.

Krishnamurti à Ojai le 9 mai 1981.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×