Jiddu Krishnamurti

Jiddu krishnamurti 1

Qui Est Krishnamurti?

« Ami, ne vous préoccupez pas de savoir qui je suis, vous ne le saurez jamais. » 
Krishnamurti - 7ème camp d’Ommen- 1928

Jiddu Krishnamurti (1895-1986) naquit en Inde et fut pris en charge à l’âge de treize ans par la Société théosophique, qui voyait en lui « l’Instructeur du monde » dont elle avait proclamé la venue. Très vite Krishnamurti apparut comme un penseur de grande envergure, intransigeant et inclassable, dont les causeries et les écrits ne relevaient d’aucune religion spécifique, n’appartenaient ni à l’Orient ni à l’Occident, mais s’adressaient au monde entier. Répudiant avec fermeté cette image messianique, il prononça à grand fracas en 1929 la dissolution de la vaste organisation nantie qui s’était constituée autour de sa personne ; il déclara alors que la vérité était « un pays sans chemin », dont l’accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies.

Tout le reste de sa vie, Krishnamurti rejeta obstinément le statut de gourou que certains voulaient lui faire endosser. Il ne cessa d’attirer un large public dans le monde entier, mais sans revendiquer la moindre autorité ni accepter aucun disciple, s’adressant toujours à ses auditeurs de personne à personne. A la base de son enseignement était la conviction que les mutations fondamentales de la société ne peuvent aboutir qu’au prix d’une transformation de la conscience individuelle. L’accent était mis sans relâche sur la nécessité de la connaissance de soi, et sur la compréhension des influences limitatives et séparatrices du conditionnement religieux et nationaliste. Krishnamurti insista toujours sur l’impérative nécessité de cette ouverture, de ce « vaste espace dans le cerveau où est une énergie inimaginable ». C’était là semble-t-il, la source de sa propre créativité, et aussi la clé de son impact charismatique sur un public des plus variés.Krishnamurti poursuivit ses causeries dans le monde entier jusqu’à sa mort à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Ses entretiens et dialogues, son journal et ses lettres ont été rassemblés en plus de soixante volumes...

L’ignorance n’est point le manque de savoir, mais le manque de connaissance de soi ; sans connaissance de soi il n’est point d’intelligence. Contrairement au savoir, la connaissance de soi n’accumule pas ; apprendre se fait d’instant en instant. Ce n’est pas un processus additif ; dans le processus d’accumulation, il se forme un centre qui est celui du savoir, de l’expérience.Dans ce processus, qu’il soit positif ou négatif, il ne peut y avoir de compréhension. Le mouvement de la pensée, du sentiment, ne peut être compris, et il ne peut y avoir de connaissance de soi tant que subsiste l’intention d’amasser ou de résister. Il n’y a pas d’intelligence sans connaissance de soi. La connaissance de soi est un présent actif, non un jugement ; toute autocritique implique une accumulation, une évaluation à partir d’un centre d’expérience et de savoir. C’est ce passé qui fait obstacle à la compréhension du présent actif. La poursuite de la connaissance de soi est un acte d’intelligence...

Pourquoi Apprendre Devient Important...
Un Cerveau qui Cesse D’apprendre Devient Mécanique. C’est comme un Animal Attaché à un Piquet : ses Mouvements sont Conditionnés par la Longueur de la Corde, par la Longe qui est Fixée au Piquet. La Plupart D’entre Nous Sont Attachés à leur Poteau Personnel, un Poteau et une Corde Invisibles. Vous Vous Promenez Toujours dans les Limites Imposées à cette Corde,ce qui est très Restreint. C’est comme un Homme qui Pense à lui toute la Journée, à ses Problèmes, ses Désirs, ses Plaisirs, et à ce qu’il Aimerait Faire. Vous Connaissez cette Façon D'Être Constamment Préoccupé de Soi. C’est très très Limité. Et cette Limite même Engendre Diverses Formes de Conflits et de Malheurs.Les Grands Poètes, les Grands Peintres, les Grands Compositeurs ne sont jamais Satisfaits de ce qu’ils Ont Fait. Ils ne Cessent D’apprendre. Ce n’est pas parce que vous Avez Réussi vos Examens et que vous Avez Commencé à Travailler qu’il Faut Cesser D’apprendre. Apprendre et Surtout Apprendre sur SOI Procure une Grande Force et une Grande Vitalité. Apprenez,Observez de Sorte que Rien en Vous ne Demeure Caché et N’échappe à Votre Regard. C’est cela Être Vraiment Libéré de Son Conditionnement..Lorsque la Fontaine est Scellée et la Source Enfermée, il Faut Creuser Profondément la Terre, la Bouleverser pour Ouvrir la Fontaine et Libérer la Source. Mais pour Creuser Profondément, il Faut Déraciner Beaucoup de Choses...Jiddu Krishnamurti.~☼~Source http://www.krishnamurti-france.org/L-evolution-interieure-existe-t-elle

0 krishnamurti and osho

 

Une Manière D’agir Totalement Différente..

Il ne s’agit pas ici d’une propagande idéologique, ni d’une forme de croyance, ni de conclusions d’ordre philosophique, ni d’une religion dans l’acception communément admise du terme. Nous observons ce qui se passe dans le monde. Il ne s’agit pas d’un point de vue personnel mis en avant par l’orateur ; c’est ensemble que nous observons lucidement — sans aucun préjugé, sans nous identifier à une portion spécifique de l’univers, ni à aucune croyance, à aucun dogme religieux — nous observons donc l’extrême violence à l’oeuvre dans le monde : les guerres, la menace de la bombe atomique, les dissensions religieuses, les divisions nationalistes avec leur panoplie d’armements. L’univers dans lequel nous vivons est un univers dangereux, et la plupart des gens ne se rendent pas compte, je le crains, de l’immense dégradation, de l’immense dégénérescence en marche dans le monde entier. Et nous nous efforçons d’appliquer à ces problèmes des solutions politiques, économiques, sociales ou évangéliques — ce qui, bien entendu, ne fait qu’accroître encore la confusion, la séparation, la division et donc le confit.

 

Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes. La crise, elle est dans notre conscience, c’est-à-dire dans notre esprit, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité. C’est là qu’est la crise. L’esprit humain a évolué sur des millions et des millions d’années, il est conditionné par le temps et l’évolution. Un esprit conditionné de la sorte, avec la conscience étroite, limitée, exclusive qui est la sienne — considérant la crise qu’il traverse dans le monde actuel — peut-il jamais être changé ? Peut-il amener un changement radical au sein de ce conditionnement ?

 

Identifier cette conscience comme étant la mienne et la vôtre, est une erreur totale, car notre conscience est la conscience de l’humanité. L’homme, la femme, où qu’ils se trouvent dans l’univers, sont en perpétuel effort, en perpétuel conflit, sans jamais résoudre aucun des problèmes tels que la peur, la souffrance, la solitude, mais toujours en quête de plaisir. Cette solitude, ce chagrin, cette douleur,cette souffrance, ponctués d’éclairs occasionnels de joie et d’amour, sont le lot commun de l’humanité. C’est une réalité psychologique patente, mais la plupart d’entre nous répugnent à la voir, tant nous nous identifions à notre conscience spécifique, à notre chagrin spécifique, à notre félicité spécifique. Mais la réalité psychologique — pour peu que l’on observe attentivement, avec toute la finesse d’une conscience aiguisée — le fait, donc c’est que partout dans l’univers, aux quatre points cardinaux, les êtres humains passent par des épreuves, des expériences rigoureusement identiques aux vôtres.

 

Cette conscience est donc commune à l’humanité toute entière. Ceci doit être clairement compris. Il n’y a là nulle contradiction ; il ne s’agit pas d’un point de vue, de quelque invention de l’auteur. Si nous examinons les choses très à fond, d’une manière objective et non personnelle, nous constatons que, psychologiquement, tel est bien le fond commun de l’humanité toute entière. Cette nouvelle ne nous réjouit pas forcément, car nous croyons tous êtres des individus, distincts de tous les autres, et nous nous efforçons de nous identifier à quelque chose, de nous réaliser, de devenir. Nous sommes tous individualistes, étriqués, limités. Mais la réalité, sur le plan psychologique, c’est que nous ne sommes pas des individus. Vous êtes le collectif. Nous sommes le résultat de ces millions et millions d’années. Notre conscience est la conscience commune de toute l’humanité. Et si nous ne comprenons pas cela très clairement, nous ne serons pas en mesure de poursuivre cette investigation de manière lucide.

 

Où que l’on vive dans le monde, ce sentiment d’individualité a toujours été mis en valeur. Les religions l’ont soutenu, l’éducation l’a maintenu. Et cette liberté, censément individuelle, a suscité dans l’univers un formidable chaos. La constatation est claire. Nous nous croyons libres parce que nous pouvons choisir ; mais le choix implique l’incertitude, le manque de clarté. La clarté ne peut apparaître qu’en l’absence de conflit, et cette clarté-là ne relève pas du choix. Seul un esprit obscur, confus, incertain entreprend de choisir.

Je vous en prie, menez votre propre enquête à mesure que nous avançons. Nous n’édictons pas la loi ; nous ne vous menons nulle part ; il ne s’agit ici ni d’acceptation ni de soumission ; il s’agit en fait d’une réflexion commune que nous menons ensemble. En matière d’esprit, en matière d’investigation psychologique approfondie, il faut être libre de tout sentiment d’allégeance envers qui que ce soit. Car c’est un royaume où il n’y a ni chef ni guide. Il faut observer, constater, voir de soi-même avec lucidité qui l’on est vraiment — sans suivre les vues d’aucun philosophe, psychothérapeute ou psychologue. Eux aussi sont des êtres humains, eux aussi connaissent la souffrance, l’angoisse, le désespoir de la solitude. Ils contribuent donc eux aussi à cette confusion. Eux aussi partagent cette conscience commune.

 

Sans vous laisser imposer quoi que ce soit par un tiers, ou par l’orateur, observez vous-même, en toute lucidité, en toute objectivité, observez les faits, d’une manière qui ne soit ni personnelle ni émotionnelle. Nous ne sommes pas identiques physiquement — on peut être homme ou femme, plus ou moins clair ou foncé de peau, avoir des yeux de couleur différente, et ainsi de suite, mais intérieurement, tout au fond de nous, nous sommes exposés aux mêmes phénomènes que le reste de l’humanité. C’est une constatation logique, raisonnable, sensée. Et si l’on comprend, si l’on perçoit en profondeur ce fait, alors nous sommes totalement responsables de tout ce qui se passe dans le monde. Nous abordons là une situation extrêmement sérieuse ; car en effet les êtres humains sont en voie de dégénérescence, en passe de se détruire.

 

Cette conscience, où la crise a son siège — et nulle part ailleurs — est une élaboration de la pensée. Notre conscience, avec tout son contenu, est le produit de la pensée. En Occident, la pensée a accepté une propagande religieuse vieille de deux mille ans. En Orient, tout comme à l’Ouest, la pensée a créé des images, des rituels, des symboles, des superstitions religieuses, des croyances dogmatiques, une foi, etc. C’est irréfutable, la raison en prend note. On peut constater les limites de la raison, mais il faut être capable de raisonner de manière très claire.

 

C’est donc la pensée qui a bâti cet univers, tant dans sa dimension psychologique que technologique. C’est la pensée qui a suscité la relation homme-femme. Cette relation est très conflictuelle. Ensemble, vous explorez, en compagnie de l’orateur, les raisons pour lesquelles l’homme, qui est censé être éduqué, sophistiqué, habile à résoudre les problèmes, en est arrivé là après tous ces millions d’années. Il est en perpétuel conflit intérieur et extérieur. Il est en proie à la confusion, à la névrose, il croit en quelque chose qui est dénué de réalité, il s’accroche à certains concepts et à certains idéaux pour lesquels il est prêt à tuer. Il se peut que ce soit le processus du temps, de l’évolution, qui l’ait amené jusqu’à ce stade. Les philosophes, parmi tant d’autres, disent qu’il faut accepter ce conditionnement de l’homme, qu’il faut vous accepter tels que vous êtes. Ils disent que vous pouvez modifier ce conditionnement, que vous pouvez le changer quelque peu, superficiellement ; mais tout au fond, au tréfonds même de notre existence, il est impossible de modifier radicalement ce conditionnement. Ils vous disent, en conséquence, de le modifier, et de vivre de votre mieux, en tirant le meilleur parti de ce monde ; aussi malheureux soit-il, acceptez-le, et efforcez-vous d’y vivre sans trop de conflit. Mais nous, nous affirmons que ce conditionnement, que cette crise au sein de la conscience, peuvent être à l’origine d’une transformation radicale.

 

Je vous en prie, ne vous contentez pas d’acquiescer aux propos de l’orateur, mais menez votre investigation, réfléchissez, observez. Ne soyez le disciple de personne — surtout dans le domaine de l’esprit — pas plus des gourous de l’Inde que des gourous à l’occidentale, ne vous fiez pas non plus aux soi-disant méditations que ces gens-là ont inventées. Ils se sont inspirés de bases anciennes qu’ils ont reformulées ; et les gens, qui sont généralement crédules et cherchent à être sécurisés d’une manière ou d’une autre, gobent facilement toutes ces fadaises. Ne vous laissez donc pas influencer par l’orateur, je vous en conjure, n’adhérez pas à ses propos. Mais observez le monde tel qu’il est. Observez-le en dehors de toute directive, de tout mobile, de toute idée préconçue. Regardez-le.

 

La conscience, comme nous l’avons dit, est élaborée par la pensée. Or, la pensée est un processus matériel. C’est la pensée qui a construit les édifices magnifiques à l’architecture superbe ; c’est elle qui est l’auteur des peintures, des poèmes, des statues. La pensée peut détruire la nature, mais ce n’est pas la pensée qui a créé ce bel animal dynamique qu’est le tigre. La pensée n’a pas fait les fleuves, les montagnes, le ciel, et pourtant la pensée peut les dévaster. Il est essentiel de comprendre clairement la nature de la pensée, car c’est la pensée qui a élaboré le contenu de notre conscience et comme c’est en elle que réside la crise, la pensée doit faire l’objet d’une investigation approfondie.

 

En quoi consiste l’activité de la pensée ? Toute notre action est basée sur cette activité de la pensée. En d’autres termes, notre action naît de l’expérience, du savoir accumulé et de la mémoire stockés dans le cerveau. Et la pensée est partie intégrante de cette mémoire, de ce savoir, de cette expérience. Mais puisque l’expérience et le savoir, quelles que soient les circonstances, ne peuvent jamais être complets, la pensée, inévitablement, et quelles que soient les conditions, reste limitée.La pensée n’est pas non plus sacrée. Toutes ces émanations de la pensée qu’abritent les temples, les mosquées, les églises, n’étant rien d’autre que le résultat de la pensée, n’ont aucun caractère sacré. Existe-t-il quoi que ce soit dans la vie qui soit sacré, qui n’émane pas de la pensée ? La pensée est un processus matériel — les savants eux-mêmes commencent à l’admettre, mais, bien entendu, les gens de religion s’y refusent.

 

Seul un esprit religieux peut découvrir ce qui est sacré ; et ce qu’il faut pour le découvrir, c’est la méditation. Mais la méditation, si elle ne va pas de pair avec la compréhension du monde et de soi-même, n’a pas de sens. Car cette méditation n’est alors qu’une fuite devant « ce qui est ». Et s’il n’y a point d’ordre dans notre vie — un ordre total, absolu — la méditation n’est qu’un penchant à se complaire dans les délices d’une activité névrotique.Il faut donc tout d’abord découvrir de nous-mêmes s’il existe une action qui soit juste, correcte en toutes circonstances. La pensée peut-elle être à l’origine d’une telle action juste ? Ce que nous entendons par « juste », c’est une action précise, objective, ni personnelle ni romantique, une action qui ne contribue pas à l’aggravation du conflit. Nous allons enquêter ensemble, afin de découvrir si une telle action juste existe. Car à l’heure actuelle, dans notre civilisation contemporaine, chacun est persuadé que l’accomplissement de son désir, de ses plaisirs, sans aucune restriction, sans aucune notion de compréhension, constitue l’action juste. Mais ce type d’action mène à des conflits accrus, à un chaos accru - c’est ce qui se passe de nos jours sur cette malheureuse terre.Nous posons donc la question suivante : qu’est-ce que l’action, et qu’est-ce qui est juste, précis, correct ? Qu’est-ce qu’une action qui n’entraîne pas de conflit ? Une telle action existe-t-elle ?

 La matinée est splendide. Que c’est beau d’être là, sous les arbres. De contempler, dans la lumière diaprée, les montagnes, leur pureté, leur profil si délicat, si net, si pur. Et celui qui vit parmi tout cela, dans ce pays merveilleux, soumis de jour en jour à la ruine et à la dévastation, l’homme – qui devrait être l’entité la plus extraordinaire, la plus parfaite – a apporté le chaos dans le monde. C’est une immense tragédie dont vous n’avez pas conscience ; car nous n’avons pas conscience de ce que nous sommes, parce que nous n’avons pas pris conscience de nous-mêmes, nous n’avons pas conscience de nos actions. Nous nous laissons perpétuellement mener par les politiciens, les prêtres, les évangélistes, les professeurs, les spécialistes. Nous n’assurons pas nous-mêmes notre éducation ; celle-ci se fait en suivant des schémas préétablis – ce n’est donc nullement une éducation, mais rien qu’une éducation parcellaire. L’éducation en profondeur, c’est celle qu’on se donne soi-même, c’est se comprendre soi-même, c’est connaître le contenu total de ce qu’on est. Et c’est à travers la relation que l’on doit observer ce contenu global de l’ego. Dans la relation, il y a conflit, car le conflit apparaît dès lors que chaque individu se croit séparé, et manifeste son ambition, sa cupidité, sa soif de réussite, son attachement – que ce soit aux croyances, aux dogmes, ou à une personne, un idéal, une expérience. Et ce genre d’attachement engendre la corruption.

 Notre question, c’est donc de savoir s’il existe une action juste. Pas quelque chose de superficiel, qui apporte une satisfaction immédiate, mais une action qui ne soit pas issue du temps. Il faut comprendre ce qu’est le temps. Pour la plupart d’entre nous, le temps a beaucoup d’importance – et pas seulement le lever et le coucher du soleil, ou la transition d’hier à aujourd’hui puis à demain, le temps des horloges, le temps solaire, mais aussi tout le concept du temps psychologique. Notre cerveau a évolué au fil du temps – depuis la cellule unique des origines jusqu’à ce jour. Ce cerveau fonctionne dans le temps, il est conditionné par le temps. C’est clair. Et nous nous servons du temps comme d’un moyen d’accomplissement personnel, moyen d’apprendre une langue, moyen d’accumuler des connaissances en vue d’agir avec compétence – ou sans. Le temps est donc dans notre vie un facteur de conditionnement fondamental. Il y a l’espoir, il y a l’avenir – qui est lui-même espoir ; et le temps sous forme de passé, avec ses souvenirs, ses expériences. Et le savoir procède du temps. Qu’il s’agisse de connaissances scientifiques, psychologiques, ou de la connaissance de soi, tout ce savoir est inclus dans le cadre du temps. Lorsqu’on dit : « Je vais devenir meilleur », « Je ne vais plus être comme ceci, mais comme cela », tout cela implique le temps.Je vous en prie, pensons et observons ensemble. Vous n’êtes pas seulement là, à écouter un orateur exposer toute une série d’idées que vous accueillez, puis vous remémorez, en disant : « J’ai appris ». Nous sommes en train d’observer ensemble, en ce moment même, avec attention.

 

Le temps est donc le facteur-clé de la connaissance et de l’accomplissement personnels, du progrès individuel. Le temps est utilisé en termes de : « Je suis seul, mais je vais échapper à la solitude », ou : « Je vais la comprendre », ou : « Je vais faire en sorte que les choses changent ». Tout cela implique le temps. Et nous disons qu’après avoir accumulé des connaissances, nous agirons avec compétence. Je veux être un bon charpentier, donc je deviens l’apprenti d’un maître charpentier, et j’apprends, grâce à des années d’apprentissage, tout comme le chirurgien, l’homme d’affaires, le prêtre, etc. Le temps, c’est le savoir. C’est sur la base de ce savoir que nous agissons. Ou bien nous agissons, puis nous tirons ensuite les leçons de cette action – ce qui, là encore, se transforme en savoir. Il y a deux façons d’agir : soit en accumulant le savoir au préalable – comme le chirurgien qui passe dix ans à étudier, à apprendre, pour agir ensuite ; soit en agissant d’abord, puis cette action, une fois les leçons tirées, devient à son tour un savoir. Cela revient au même. Les deux types d’action sont basés sur l’acquisition d’un savoir à partir duquel on agit. Or le savoir est toujours incomplet, toujours entaché d’ignorance. L’action ne peut donc être que limitée, et donc toute action issue d’un idéal, qui est une projection de la pensée, toute action issue du souvenir de connaissances passées, et la mémoire elle-même, ne peuvent donc qu’être limitées et donc source de conflit et de confusion. Une fois de plus, tout cela est logique, rationnel, sensé. Ce n’est pas un point de vue personnel de l’orateur, mais un fait évident. C’est ainsi que nous agissons, que nous vivons. Nous voulons savoir s’il existe une façon d’agir totalement différente. S’il y a une action qui ne soit pas limitée et qui soit donc complète, entière, et qui ne soit donc source d’aucun conflit.

 

La chose est essentielle à comprendre. Je vous en prie, appliquez à cette exploration, à cette découverte, toute l’attention de votre esprit, de votre cerveau. Peut-être vous intéressez-vous à la méditation et rien d’autre ; mais ce genre de méditation n’a aucune valeur si l’on ne mène pas une vie juste, saine, rationnelle. Cette forme de méditation n’est qu’une fuite devant la réalité, une fuite face à « ce qui est », c’est-à-dire notre vie quotidienne. Notre vie quotidienne est le siège de tant de malheur, de confusion et de conflit. Et vouloir méditer pour atteindre quelque espèce d’expérience mystique n’est qu’une illusion. Vous aimez peut-être vivre dans l’illusion : c’est tellement plus flatteur à l’imagination, plus gratifiant. Mais voir « ce qui est », et ensuite voir si « ce qui est » peut être transformé – voilà qui fait partie de la méditation profonde.

 

Existe-t-il donc une action qui soit complète, et non limitée ? Nous ne disons pas qu’elle existe, ni qu’elle n’existe pas. Nous posons une question fondamentale ; il ne s’agit pas d’un questionnement superficiel, éphémère. Nous posons là une question extrêmement sérieuse, car voilà des millions et des millions d’années que l’homme vit dans la confusion, le conflit, le malheur, sans apporter de solution aux conflits de l’humanité, aux souffrances de l’humanité. L’homme a fui dans un foisonnement de religions, de cultes fantaisistes, de rites, de symboles et de prières.

 

Ensemble, nous essayons ici de découvrir s’il existe une action qui soit entière, holistique. Ce mot « holistique » signifie sensé, sain, rationnel, et le mot « entier, total » signifie aussi saint [1]. C’est tout cela qu’implique l’expression « holistique ». Existe-t-elle, cette action, qui ne serait source d’aucun conflit, ne serait pas source perpétuelle de problèmes ?Comment allons-nous le découvrir ensemble ? Comment aborde-t-on une question comme celle-ci ? Comment regarder, ou écouter une question pareille posée en votre présence ? Soit vous dites qu’une action de ce type n’existe pas, et vous vous bloquez, soit vous dites qu’elle est éventuellement possible. Mais encore une fois, la possibilité, l’éventualité, ce n’est pas la réalité. Donc, pour savoir si cette action existe, il est très important de découvrir comment vous entendez, comment vous écoutez le contenu de la question, et, lorsque la question est posée, de savoir si votre esprit, votre cerveau s’efforce de trouver une réponse, ou bien s’il est vraiment à l’écoute, attentif à la signification des mots. Le mot n’est qu’un moyen de communication : le mot n’est pas la chose, jamais il n’y a identité entre les deux ; le symbole n’est pas le réel. La façon dont vous entendez ce défi est donc capitale – ce défi dont la solution passe éventuellement par des voies intellectuelles, rationnelles, raisonnables. Si vous avez recours pour le résoudre à des méthodes de l’ordre de la raison, vous arriverez inévitablement à la conclusion que c’est impossible. Le processus logique est une activité de la pensée, toujours limitée, par conséquent votre réponse au défi sera limitée, et vous ne trouverez pas de réponse à la question.

 

Comment faut-il donc aborder la question ? Est-ce que vous l’abordez avec un esprit, un cerveau qui dit : « C’est une question que je ne comprends pas tout à fait. Je vais d’abord l’observer, l’entendre, sans chercher de réponse. Voyons quel est le contenu de ces mots ». C’est-à-dire : y-a-t-il une action qui ne soit pas issue de la mémoire, donc du temps ? Je sais que le temps est nécessaire, que le savoir est nécessaire, pour conduire une voiture, ou devenir charpentier, chirurgien ; quoiqu’on veuille devenir, le savoir est nécessaire. Mais est-il possible de répondre à cette question à l’aide de la pensée, qui est le mouvement de la mémoire ? Si vous cherchez à répondre en termes de vrai ou faux, de possible ou d’impossible, vous dépendez de la mémoire. C’est donc la pensée qui vous dicte la réponse. Et la pensée étant limitée, votre réponse sera invariablement limitée, et donc source de conflit. Si tout cela est bien clair, voulez-vous donc, s’il vous plaît, être ouverts à la question, l’écouter, l’observer sans le moindre mouvement de la pensée ?

 

Je répète la question : existe-t-il une action juste, qui ne soit pas issue du temps, c’est-à-dire de la pensée, c’est-à-dire du savoir ? Peut-être qu’une action de ce type existe, ou peut-être pas. Notre esprit, notre cerveau a donc toute liberté de regard. Notre cerveau, étant sensible, attentif, en éveil, est à l’écoute, il prête une attention extrême à la question, il n’essaie pas de la résoudre. Donc, lorsque vous agissez ainsi, en accordant votre pleine attention, en étant pleinement en éveil, alors, au sein de cette action-là, il n’est nullement question de temps. Mais si vous dites : « Il me faut du temps pour être attentif », c’est-à-dire pour apprendre à être attentif, alors vous agissez sur la base du savoir, qui consiste à apprendre à être attentif. Alors, vous n’êtes pas attentif. Je vous en prie, voyez-le.

 Pouvez-vous donc écouter cette question en mettant en jeu tout votre être, toutes vos aptitudes, toute votre attention ? Lorsque vous accordez cette attention totale, c’est comme d’éclairer une chose demeurée jusqu’alors obscure, c’est comme de l’inonder de lumière. Lorsque vous mettez en jeu cette attention, la question est alors en pleine lumière. Et la question révèle alors sa propre réponse. Lorsque vous voyez clairement quelque chose, cette clarté est la réponse. Il existe donc une action – mais je vous en prie, n’acquiescez pas, ne vous laissez pas mystifier, ne dites pas oui elle existe ou non elle n’existe pas, mais trouvez par vous-même – il existe une action qui naît d’une vision lucide et immédiate. Cette vision n’est pas le souvenir du passé, elle consiste en une perception directe, pure, que rien ne dirige. En ce regard, en cette perception coïncident l’action totale et la vision pénétrante absolue. Pouvez-vous donc regarder de cette manière-là le mouvement de la pensée, c’est-à-dire le contenu de notre conscience ; autrement dit notre cupidité, notre envie, notre ambition, notre nationalisme, nos croyances, nos expériences, nos plaisirs, notre foi en Dieu, ou notre absence de foi en Dieu – cette conscience qu’a élaborée la pensée au travers de l’expérience ? Regarder, observer cette conscience dans sa globalité, c’est observer une action attentivement, complètement...C’est saisir dans un éclair de vision pénétrante le mouvement de l’action...Jiddu Krisnamurti  Source ICI....

http://www.krishnamurti-france.org/Une-maniere-d-agir-totalement-differente

0jiddu krishnamurti death

Pourquoi Apprendre Devient Important...
Un Cerveau qui Cesse D’apprendre Devient Mécanique. C’est comme un Animal Attaché à un Piquet : ses Mouvements sont Conditionnés par la Longueur de la Corde, par la Longe qui est Fixée au Piquet. La Plupart D’entre Nous Sont Attachés à leur Poteau Personnel, un Poteau et une Corde Invisibles. Vous Vous Promenez Toujours dans les Limites Imposées à cette Corde,ce qui est très Restreint. C’est comme un Homme qui Pense à lui toute la Journée, à ses Problèmes, ses Désirs, ses Plaisirs, et à ce qu’il Aimerait Faire. Vous Connaissez cette Façon D'Être Constamment Préoccupé de Soi. C’est très très Limité. Et cette Limite même Engendre Diverses Formes de Conflits et de Malheurs.Les Grands Poètes, les Grands Peintres, les Grands Compositeurs ne sont jamais Satisfaits de ce qu’ils Ont Fait. Ils ne Cessent D’apprendre. Ce n’est pas parce que vous Avez Réussi vos Examens et que vous Avez Commencé à Travailler qu’il Faut Cesser D’apprendre. Apprendre et Surtout Apprendre sur SOI Procure une Grande Force et une Grande Vitalité. Apprenez,Observez de Sorte que Rien en Vous ne Demeure Caché et N’échappe à Votre Regard. C’est cela Être Vraiment Libéré de Son Conditionnement..Lorsque la Fontaine est Scellée et la Source Enfermée, il Faut Creuser Profondément la Terre, la Bouleverser pour Ouvrir la Fontaine et Libérer la Source. Mais pour Creuser Profondément, il Faut Déraciner Beaucoup de Choses...Jiddu Krishnamurti.~☼~Source http://www.krishnamurti-france.org/L-evolution-interieure-existe-t-elle

 

0krishnamurti deux

Comment affronter la vie telle qu’elle est aujourd’hui ?...Pouvons-nous vivre de telle façon qu’aujourd’hui soit primordial ?

Question : Nous vivons avec la peur de la guerre, la peur de perdre un emploi (pour autant que nous en ayons un) la peur du terrorisme, de la violence de nos enfants, la peur d’être à la merci de politiciens incapables. Comment affronter la vie telle qu’elle est aujourd’hui ?

Krishnamurti : Comment l’affrontez-vous ? Nous devons accepter comme tel le fait que le monde devient de plus en plus violent - c’est évident. Les menaces de guerre sont elles aussi très évidentes - Afrique du Sud, Moyen Orient - de même que cet étrange phénomène de la violence de nos enfants. L’orateur se souvient d’avoir rencontré une mère, il y a quelque temps en Inde. La tradition indienne veut que l’on ait un très grand respect pour les mères, et celle-ci était horrifiée parce que, disait-elle, ses enfants l’avaient battue - chose jamais vue en Inde. Ainsi, cette violence s’étend partout dans le monde. Et l’on rencontre aussi cette peur de perdre un emploi dont parle l’auditeur.

Face à tout cela, sachant tout cela, comment affrontons-nous la vie telle qu’elle est aujourd’hui ? En ce qui me concerne, je sais comment l’affronter, mais j’ignore comment vous, vous allez l’affronter. Tout d’abord, qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que cette chose que nous appelons l’existence, faite de souffrance, de surpopulation, de politiciens incapables, de toutes les tricheries, de malhonnêteté, de corruption que l’on rencontre partout dans le monde ? Comment l’affrontons-nous ?

Bien entendu, il faut commencer par se demander ce que vivre signifie. Qu’est-ce que vivre dans le monde tel qu’il est ? Demandons-nous comment nous vivons notre vie quotidienne, pas théoriquement, philosophiquement ou idéalement, mais effectivement, comment menons-nous notre vie quotidienne ? Si nous examinons cela, ou si nous en avons sérieusement conscience, nous voyons que c’est une bataille perpétuelle, un combat perpétuel, une succession d’efforts. (Etre obligé de se lever le matin est un effort). Que faire ? On ne peut l’esquiver. L’orateur connaît plusieurs personnes qui se retirèrent définitivement dans l’Himalaya et disparurent pour de bon, estimant qu’il était impossible de vivre en ce monde. Ceci est tout simplement un refus, une fuite devant la réalité, tout comme se perdre dans une communauté ou suivre un gourou fortuné et s’y immerger.

De toute évidence, ces gens ne résolvent pas les problèmes de la vie quotidienne, pas plus qu’ils n’explorent la possibilité d’un changement, d’une révolution psychologique de la société. Ils fuient tout simplement. En ce qui nous concerne, si nous ne fuyons pas et vivons réellement dans ce monde tel qu’il est, que devons-nous faire ?

Pouvons-nous changer notre vie, afin de n’avoir absolument aucun conflit - le conflit faisant partie de la violence. Est-ce possible ? Ce combat continuel pour devenir quelque chose est le fondement de notre vie - le combat pour le combat. Les êtres humains que nous sommes, vivant dans ce monde, peuvent-ils se changer - c’est vraiment la question - afin de se transformer radicalement, psychologiquement, mais non pas à la longue en donnant libre cours au temps ? Il n’y a pas de demain pour l’homme sérieux, pour l’homme vraiment religieux. Il est dur d’affirmer qu’il n’y a pas de demain, que seule existe la plénitude du présent. Pouvons-nous vivre cette vie pleinement, réellement afin de transformer nos relations réciproques ? C’est là le véritable problème, et non l’état du monde, car le monde est nous. Voyez cela je vous prie : le monde est vous et vous êtes le monde. C’est une terrible évidence, un défi qu’il faut affronter complètement, c’est-à-dire que nous sommes le monde avec toute sa laideur, que nous y avons contribué, que nous sommes responsables de tout cela, de tout ce qui arrive au Moyen Orient, en Afrique, de toute la folie qui se déroule dans le monde - nous en sommes responsables. Peut-être ne sommes-nous pas responsables des actes de nos grands parents et arrières grands parents - de l’esclavage, des milliers de guerres, des empires avec leur brutalité, mais nous en faisons néanmoins partie.

Il serait assez désespérant que nous ne réalisions pas notre responsabilité, c’est-à-dire le fait d’être totalement responsables de nous-mêmes, de nos actes, de nos pensées, de nos comportements, au regard de ce qu’est le monde - sachant bien entendu qu’il ne nous est pas possible de résoudre individuellement, séparément le problème du terrorisme, par exemple. Cela relève des gouvernements auxquels il incombe de veiller à la sécurité et à la protection de leurs citoyens, mais ils ne paraissent pas s’en préoccuper. Si chaque gouvernement se souciait réellement de protéger ses citoyens, il n’y aurait pas de guerre. Mais apparemment les gouvernements aussi ont perdu la raison, ils se préoccupent uniquement de leurs partis politiques, de leur pouvoir, leur situation, leur prestige - vous connaissez tout cela.

Donc, pouvons-nous vivre de telle façon qu’aujourd’hui soit primordial, sans faire intervenir le temps, c’est-à-dire le lendemain, le futur ? Cela signifie qu’il nous faut devenir extraordinairement attentifs à nos réactions, à notre confusion, qu’il nous faut travailler d’arrache pied sur nous-mêmes. C’est apparemment tout ce que nous pouvons faire, et si nous ne le faisons pas, il n’y a pas vraiment d’avenir pour l’homme. Je ne sais si vous avez lu certains titres dans les journaux. Tous se préparent à la guerre. Et si vous vous préparez à quelque chose, vous l’aurez - c’est comme préparer un bon plat. Les gens du commun ne semblent apparemment pas s’en soucier. Ceux qui, intellectuellement, scientifiquement, participent à la production d’armements ne semblent pas s’en soucier davantage. Ils ne s’intéressent qu’à leur carrière, à leur travail, à leur recherche et si l’homme de la rue que nous sommes, la prétendue classe moyenne ne s’en préoccupe pas, cela équivaut à jeter l’éponge. Le drame est que nous ne semblons pas nous en soucier outre mesure. Nous ne nous entendons pas ensemble, nous ne pensons pas ensemble, nous ne travaillons pas ensemble. Nous acceptons bien trop facilement d’adhérer à des institutions, à des organisations, espérant que celles-ci arrêteront les guerres, nous empêcheront de nous massacrer. Elles n’y ont jamais réussi. Les institutions, les organisations n’empêcheront jamais rien de tout cela. Ceci relève du coeur humain, de l’esprit humain. Je vous en prie, nous ne faisons pas ici de rhétorique, nous sommes confrontés à un véritable, à un très grand danger. Nous avons rencontré d’éminentes personnalités impliquées dans tout cela : elles ne s’en soucient pas. Mais pour notre part, si nous nous en préoccupons, si notre vie quotidienne est vécue de façon juste, si chacun d’entre nous est conscient de ce qu’il fait chaque jour, je pense qu’il y a alors de l’espoir pour l’avenir...

0krishnamurti 2

 

 

 

La plupart des livres de Krishnamurti sont des retranscriptions d’enregistrements de causeries, de dialogues, d’entretiens, de séances de questions / réponses. Seuls quelques livres ont été rédigés par Krishnamurti : les Carnets, les Commentaires sur la vie, le Journal, le Dernier journal et les Lettres aux écoles. Voici un autre écrit de sa main non publié en dehors des bulletins de la KFT et de l’ACK.
Le passage suivant est la retranscription de sept pages manuscrites rédigées par Krishnamurti entre 1967 et 1969 ; la ponctuation originale et les tirets séparant les différents passages ont été respectés. Les paragraphes initiaux ont déjà été inclus dans certains des premiers Bulletins ; le reste est inédit.

 

La méditation, si elle implique la moindre forme d’effort, n’est plus de la méditation. La méditation n’est pas un accomplissement, une pratique quotidienne répétitive soumise à un système, ni une méthode où l’on vise à atteindre un but recherché. Toute notion d’imagination et de mesure doit être définitivement bannie. La méditation n’est pas le moyen d’accéder à une fin : c’est une fin en soi. Mais pour qu’il y ait méditation, celui qui médite doit cesser d’exister...

 

La méditation n’est pas une expérience, une accumulation de souvenirs en vue d’un plaisir futur. Celui qui vit l’expérience suit un itinéraire qui reste toujours limité par le cadre de ses propres projections, du temps et de la pensée. Dans cet environnement confiné de la pensée, la liberté est un concept, une formule et, dans ce cadre-là, jamais le penseur ne peut être en contact avec le mouvement de la méditation. Un mouvement n’a ni commencement ni fin, mais pour le penseur le centre demeure.

 

La méditation, c’est toujours le présent ; or la pensée appartient toujours au passé. La conscience, dans sa totalité, est pensée, et ses limites étroites excluent l’état de méditation. La méditation consciente, c’est l’appréhension de plus en plus précise de ces limites, et la destruction de toute liberté ; tant que demeurent les frontières de l’esprit, il n’est point de liberté. Et ce n’est que dans la liberté qu’est la méditation.Sans la méditation, vous serez à jamais esclaves du temps et de son ombre portée — la souffrance. Le temps, c’est la souffrance.Le silence et l’amour sont indissociables. Pour comprendre, soyez silencieux...

 

Méditer, c’est être vulnérable, d’une vulnérabilité qui n’a ni passé ni futur, ni hier ni lendemain. N’est vulnérable que ce qui est neuf.La méditation n’est pas la voie d’accès à des expériences uniques, exceptionnelles : de telles expériences mènent à l’isolement, aux processus d’enfermement liés aux souvenirs assujettis au temps, faisant obstacle à la liberté.La vallée était nappée de fleurs ; sur ses flancs un tapis de fleurs de toutes les couleurs possibles et imaginables s’étalait avec la richesse, la profusion qu’a la terre elle-même — avec tout son foisonnement de villes, d’usines et de prairies verdoyantes, de forêts et de verts pâturages — égalant en richesse et en beauté cette vallée. Pourtant cette abondance qui, grâce à la nature et à l’homme, foisonne à la surface du globe, est vouée à mourir pour se reconstituer à nouveau. La richesse de la méditation n’est pas le fait de la pensée ou du plaisir que suscite la pensée ; elle est ailleurs, de l’autre côté, sur l’autre versant de la fleur et du nuage. D’où jaillit une richesse incommensurable, comme celle de l’amour et de la beauté — or jamais pareilles choses ne se trouvent de ce côté-ci de la fleur et du nuage.

 

Le temps, c’est la mémoire. L’extase est hors du temps. La félicité de la méditation ne s’inscrit pas dans la durée. La joie devient plaisir dès qu’elle a une continuité. A l’aune du temps des horloges, la félicité de la méditation n’est rien qu’une seconde, mais dans cette seconde s’inscrit le mouvement global de la vie hors le temps, mouvement qui n’a ni commencement ni fin. Dans la méditation, une seconde, c’est l’infini.

 

Soyez loin. Loin de cet univers de chaos et de malheur, tout en vivant en son sein, sans pour autant qu’il vous atteigne. Cela n’est possible qu’à condition d’avoir l’esprit méditatif, un esprit qui tourne son regard de l’autre côté de la fleur, vers l’autre versant du nuage. L’esprit méditatif n’est lié ni au passé ni au futur, tout en jouissant de la pleine capacité de vivre en toute clarté et en toute raison dans ce monde. Le monde n’est que désordre : il n’a pour seul ordre que le désordre et pour seule morale que l’immoralité. Dans un tel univers, vaine est la quête d’une clarté et de sa mise en ordre au profit de ce monde. A peine mise en Ïuvre, elle se change en ténèbres. La nature de cette clarté est sa vacuité même. C’est parce qu’elle est vide qu’elle est claire ; c’est parce qu’elle est négative qu’elle est positive. Sans savoir où vous êtes, soyez loin. Là où la notion de vous et moi n’a plus cours.

 

La mort ne concerne que ceux qui possèdent, ceux qui ont une sépulture où reposer. La vie est un mouvement évoluant dans la relation et l’attachement ; la négation de ce mouvement est la mort. N’ayez ni refuge extérieur, ni refuge intérieur ; ayez une chambre, une maison, ou une famille, mais n’en faites pas une cachette, un moyen de vous fuir vous-même. Le havre que s’est créé votre esprit, en cultivant la vertu, en se livrant à la superstition des croyances, en s’exerçant à la maîtrise habile du savoir-faire ou se lançant dans l’activité, débouchera inévitablement sur la mort. Impossible d’échapper à la mort si vous appartenez à ce monde, à cette Société dont vous faites partie. Cet homme, qui est mort, là, tout près de chez vous, ou à des milliers de kilomètres, c’est vous ; depuis des années, il prépare sa mort avec le plus grand soin, comme vous. C’est ce qu’il appelle vivre — comme vous — que ce soit une vie d’efforts, une vie de souffrance, ou une plaisante comédie. Mais la mort est toujours présente, aux aguets, à l’affût. Celui qui meurt chaque jour, en revanche, est au-delà de la mort.

 

Mourir, c’est aimer. La beauté de l’amour n’est ni dans les souvenirs passés ni dans les images projetées dans l’avenir. L’amour ne possède ni passé ni futur. Tout ce qui possède est mémoire, et la pensée, c’est le plaisir — qui n’est point l’amour. L’amour, avec sa passion, est juste au-delà de cette zone où évolue la société — c’est-à-dire vous. Mourez — et il est là.

 

La méditation est à la fois un mouvement de l’inconnu et dans l’inconnu. Ce n’est pas vous qui êtes là, mais rien que le mouvement. Vous êtes trop insignifiant, ou trop grand pour ce mouvement que rien précède ni ne suit. Il est cette énergie avec laquelle la pensée-matière ne peut entrer en contact. La pensée est perversion car elle est le produit du passé ; elle est prisonnière des vicissitudes de tous les siècles passés, d’où son caractère confus et incertain. Quoi que vous fassiez, le connu ne pourra jamais accéder à l’inconnu. La méditation, c’est mourir au connu.

 

Il faut puiser aux sources du silence pour regarder et écouter. Le silence, ce n’est pas la cessation du bruit ; le silence, ce n’est pas l’arrêt du vacarme incessant de l’esprit et du coeur ; ce n’est pas le produit ni le résultat du désir, pas plus qu’un effet de la volonté. La conscience, dans sa globalité, est un mouvement incessant et bruyant, évoluant dans des limites qu’elle s’impose elle-même. Dans ce cadre-là, tout silence ou immobilité est la cessation momentanée du bavardage, mais c’est un silence touché par le temps. Le temps, c’est la mémoire, et pour elle, le silence est de plus ou moins longue durée ; le temps et la mémoire peuvent le mesurer, lui offrir un espace, lui donner une continuité — il devient alors un jouet de plus. Mais le silence, ce n’est pas cela. Tout ce qui est élaboré par la pensée reste du domaine du bruit, et la pensée ne peut absolument pas faire silence. Elle peut se forger une image du silence et s’y conformer, la vénérer, comme elle fait pour tant d’autres images de sa fabrication. Ayant fait du silence une formule, elle le nie par là-même ; les symboles qu’elle élabore sont la négation même de la réalité. Pour que soit le silence, la pensée elle-même doit être immobile et silencieuse. Le silence, à l’opposé de la pensée, est toujours neuf. La pensée, étant toujours vieille, ne peut en aucun cas pénétrer le silence, qui est toujours neuf. Ce qui est neuf devient vieux dès que la pensée le touche. C’est en puisant aux sources de ce silence qu’il faut regarder et parler. L’anonymat véritable est issu du silence ; nulle autre humilité n’existe. Les vaniteux seront toujours des vaniteux, même s’ils se drapent dans l’humilité, ce qui fait d’eux des êtres durs et cassants. Jailli de ce silence, le mot amour prend un tout autre sens. Ce silence n’est pas là-bas quelque part : il est là où n’est point le bruit que fait l’observateur absolu.

 

Seule l’innocence peut être passionnée. Les innocents ignorent la douleur, la souffrance, même s’ils ont vécu des milliers d’expériences. Ce ne sont pas les expériences qui corrompent l’esprit, mais les traces qu’elles laissent, les résidus, les cicatrices, les souvenirs. Ils s’accumulent, s’entassent les uns sur les autres, c’est alors que commence la souffrance. Cette souffrance, c’est le temps. Le temps ne peut cohabiter avec l’innocence. La passion ne naît pas de la souffrance. La souffrance, c’est l’expérience, l’expérience de la vie quotidienne, cette vie de tortures, de plaisirs éphémères, de peurs et de certitudes. Nul ne peut échapper à ces expériences, mais rien n’oblige à les laisser s’enraciner dans le terreau de notre esprit. Ce sont ces racines qui suscitent les problèmes, les conflits et les luttes incessantes. La seule issue, c’est de mourir chaque jour au jour précédent. Seul un esprit clair peut être passionné. Sans passion, on ne voit ni la brise qui joue dans le feuillage, ni l’eau éclaboussée par le soleil. Sans passion, point d’amour.

 

––––––––––––––

 

Voir et faire, c’est tout un. L’intervalle entre le voir et le faire est un gaspillage d’énergie, énergie qui est nécessaire pour voir — autrement dit pour faire.

 

––––––––––––––

 

L’amour ne peut exister que lorsque la pensée est silencieuse, immobile. La pensée est tout à fait incapable de produire ce silence. Elle peut seulement élaborer des images, des formules, des idées, mais ce silence immobile ne peut en aucun cas être touché par la pensée. La pensée, à l’opposé de l’amour, est toujours quelque chose de vieux.

 

––––––––––––––

 

L’organisme physique a son intelligence propre, qui s’émousse sous l’effet des habitudes de plaisir. Ces habitudes détruisent la sensibilité de l’organisme, et ainsi la finesse de l’esprit se trouve à son tour émoussée. Cet esprit peut être vigilant dans une mesure étroite et limitée, tout en étant insensible. Un tel esprit, très mesurable quant à sa profondeur, est la proie des images et des illusions. C’est à sa superficialité même qu’il doit d’être brillant. La méditation requiert un organisme délié et intelligent. L’interrelation entre l’esprit méditatif et son organisme est un jeu de réajustement perpétuel de la sensitivité. Car la méditation exige la liberté. La discipline qui lui est propre, c’est la liberté. L’attention ne peut exister que dans la liberté. Etre attentif, c’est prendre conscience de l’inattention. L’attention totale, c’est l’amour. Lui seul a la capacité de voir, voilà pourquoi voir et faire sont une seule et même chose.

 

––––––––––––––

 

La souffrance est l’aboutissement ultime du désir et du plaisir. Or l’amour est incompatible avec la souffrance. Ce qui est porteur de souffrance, c’est la pensée, la pensée qui donne une continuité au plaisir, qui nourrit le plaisir, le renforce. La pensée est perpétuellement en quête de plaisir, ouvrant ainsi la voie à la douleur. La vertu que cultive la pensée, c’est la voie du plaisir, qui implique l’effort et la réussite. Ce n’est pas dans le terreau de la pensée que fleurit l’ultime bien, mais dans la libération, la délivrance de toute souffrance. La fin de la souffrance, c’est l’amour.

 

––––––––––––––

 

L’ambition isole. Individuelle ou collective, l’ambition, quelle qu’en soient les formes, mène inévitablement aux antagonismes et aux haines poussant au repli sur soi. Lorsque la famille prend de l’importance, c’est au détriment, à l’encontre du voisin — qu’il soit tout proche où à des milliers de kilomètres ; c’est à l’encontre de l’humanité toute entière. Qu’elle soit en quête des biens de ce monde ou d’un « autre » univers, l’ambition est la même, sous des jours dissemblables. La voie de l’ambition, c’est le conflit, et le conflit, sous quelque forme que ce soit, met fin à l’essence du beau et du bon, à l’amour. L’ambition et l’amour ne peuvent cohabiter. Comment la beauté peut-elle être du côté des ambitieux ? La beauté n’existe que lorsque l’Ïil n’est pas contaminé par la pensée, car la beauté est l’essence même de la non-pensée. La beauté n’est pas une sensation, un plaisir. La beauté, comme l’amour, est l’abandon total du centre, de l’ego. La beauté est inséparable de l’amour et de la mort. Qui en elle sont contenus.

 

––––––––––––––

 

L’austérité n’a rien de dur, d’agressif, de brutal. Son expression extérieure n’est pas nécessairement décelable ; si elle l’est, alors c’est qu’elle est partie prenante dans tout ce cirque que l’homme cultive depuis toujours avec tant de diligence. L’austérité est un mouvement intérieur, pas une condition requise ; toute chose vivante est difficile à étudier, contrairement à une chose morte, qui peut être copiée. Une austérité intérieure profonde est indispensable pour pouvoir abandonner totalement tout le mécanisme du conflit - l’ego. Sans cette liberté-là, point d’amour ; et sans l’amour, il n’est point de beauté.

 

––––––––––––––

 

L’exclusion et la solitude ne sont pas synonymes ; là où il y a solitude, il n’y a pas exclusion. S’isoler, c’est élever tout autour de soi un mur de résistance, mais cela ne vous apporte nullement la solitude, qui, elle, est nécessaire. Car c’est dans la solitude que l’on commence à découvrir les mouvements de ses propres pensées-sentiments. C’est dans cette solitude que sont grandes ouvertes les portes de la perception.

 

––––––––––––––

 

Il est une beauté au-delà de la beauté visible aux yeux. Ce que voit le regard est assez pauvre et superficiel ; son jugement reste étroit, limité ; ce qu’il voit est conditionné par les souvenirs ; c’est une vision comparative. Mais la beauté qui ne concerne pas simplement le regard ne se trouve ni dans la nature, ni dans les livres, ni dans aucun temple, dans aucune église. Elle est en dehors et au-delà de tout cela. Pour la rencontrer, situez-vous plus loin que la pensée et le plaisir.

 

––––––––––––––

 

L’amour n’est jamais le plaisir. Dans le plaisir il entre toujours de la douleur et de la peur. Le plaisir n’est jamais beau. L’esprit en quête des félicités de l’amour ne trouvera que l’excitation de la pensée, les images qu’elle a façonnées. L’amour n’est pas suscité par la pensée, et lorsque tel est le cas, il n’est que sensation, désir. Le désir n’est jamais l’amour. Le désir est quête de satisfaction, sensuelle ou intellectuelle ; ce n’est pas de l’amour. La pensée et l’amour ne peuvent jamais se rejoindre ; ce sont deux mouvements différents, dont l’un détruit l’autre.

 

––––––––––––––

0krish

 

Poème de Krishnamurti 1929

 

Les croyances ne sont que superstition. Ce qui est — c’est-à-dire le fait — n’a nul besoin de croyances, de conclusions qui empêchent de voir ce qui est. Le fait est beaucoup plus important que les conclusions que l’on tire de lui. L’acte de tirer des conclusions est totalement différent de l’action liée à ce qui est. Cette action-là est porteuse de liberté, alors que la première nous soumet au joug du temps.

 

––––––––––––––

 

La méditation n’est pas la voie de l’expérience. Si vous êtes en quête d’expériences plus larges, plus profondes, il faut vous soumettre, obéir. Toutes les expériences ont une fin, mais la douleur et l’attente demeurent. L’abolition, l’achèvement de la souffrance est le commencement de la sagesse, qui n’est pas le fruit de l’expérience. L’expérience ne fait que renforcer, amplifier le savoir. L’amour et l’expérience ne peuvent cohabiter.

 

––––––––––––––

 

Se connaître soi-même — les activités, les interminables dialogues , les fantasmes, les illusions sans fin de l’ego, le réseau des mouvements qui lui sont propres — c’est cela, abolir la souffrance. La souffrance fait obstacle à la clarté. La méditation est cette clarté dans laquelle n’entre nulle division. L’opposé est le résultat de la confusion.

 

––––––––––––––

 

Le sentiment est de l’ordre de la pensée ; il n’existe aucun sentiment d’où la pensée soit exclue. Mais le sentiment existe-t-il vraiment ? L’amour est dénué de sentiments car qui dit sentiment dit sensiblerie, sentimentalisme, dévotion, attachement, colère, etc. L’amour est dénué de qualités, d’attributs. L’amour n’est ni sensation ni plaisir, et dans l’amour n’entre point tout le travail du temps. L’amour est à lui-même sa propre action, sa propre éternité.

 

––––––––––––––

 

Etre présent au monde, c’est éviter le monde...

 

Traduction extraite du bulletin de l’ACK n° 69 - Deuxième bulletin 1995(1996).

Vous Retrouverez L'Enseignement Précieux de Jiddu Krishnamurti ICI... http://www.krishnamurti-france.org/-jiddu-krishnamurti-et-son-enseignement-

Se Libérer Du Connu....Jiddu krishnamurti Je Vous Le Conseilles Fortement...Pour le Télécharger en PDF ICI... http://www.jefflemat.fr/autres/90_krishnamurticonnu.pdf   

0se liberer du connu

Dqr0wn6x 1

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×