La Racine De La Peur

Tomasz alen kopera07

SE LIBÉRER DE LA PEUR..Extrait/Jiddu Krishnamurti - Le livre de la Méditation et de la Vie... 


L'ESPRIT peut-il se vider complètement de toute peur ? La peur, quelle qu'en soit la nature, engendre l'illusion; elle rend l'esprit terne et creux. La peur exclut évidemment toute liberté, et sans liberté il n'est point d'amour. Et nous éprouvons pratiquement tous une forme ou une autre de peur : peur du noir, peur du qu'en-dira-t-on, peur des serpents, peur de la douleur physique, peur de la vieillesse, peur de la mort. Des peurs, nous en avons à la douzaine. Est-il donc possible d'être totalement libre de toute peur ?
Nous pouvons constater les effets de la peur sur chacun d'entre nous. Elle nous corrompt de diverses manières; elle rend notre esprit creux et vide. Il y a dans l'esprit des replis obscurs qui ne peuvent jamais être explorés et mis au jour tant que l'on a peur. Le réflexe instinctif, physique, d'autodéfense, qui nous pousse à nous tenir à distance du serpent venimeux, à nous éloigner du précipice, à ne pas tomber sous les roues du tramway, et ainsi de suite, est une réaction sensée, normale et saine. Mais ce que je mets en question, c'est l'autodéfense psychologique qui fait que nous craignons la maladie, la mort ou un ennemi. Lorsqu'on cherche à se réaliser, de quelque façon de ce soit — à travers la peinture, la musique, la relation, que sais-je encore —, la peur est toujours présente. L'essentiel est donc de prendre conscience de tout ce processus du moi, de l'observer, d'apprendre à le connaître, et non de chercher à savoir comment se débarrasser de la peur. Si votre unique but est de vous débarrasser de la peur, vous trouverez toujours un moyen, une manière de la fuir et ainsi nul ne pourra jamais être libéré de la peur...


COMMENT VENIR À BOUT DE LA PEUR...


ON craint l'opinion publique, on craint de ne pas réussir, de ne pas se réaliser, de manquer une occasion; et tout cela baigne dans cet extraordinaire sentiment de culpabilité — on a fait une chose qu'il ne fallait pas faire; ce sentiment de culpabilité est présent au cœur même de nos actions; on est riche et d'autres sont pauvres et en mauvaise santé; on a de quoi manger et d'autres n'ont rien à manger. Plus l'esprit se pose de questions, plus il cherche à pénétrer, à explorer, et plus grand est le sentiment de culpabilité, d'angoisse... La peur est cet élan qui nous pousse à chercher un maître, un gourou; la peur, c'est ce vernis de respectabilité, ce à quoi nous tenons tant : être respectable. Êtes-vous décidé à être assez courageux pour affronter les événements de la vie, ou allez-vous éluder la peur à grand renfort de rationalisations, ou trouver des explications qui satisferont un esprit prisonnier de la peur ? Comment en venir à bout ? Est-ce en allumant la radio, en lisant un livre, en allant au temple, en vous raccrochant à un dogme, à une croyance ?
La peur est, en l'homme, l'énergie qui détruit. Elle flétrit l'esprit, elle gauchit la pensée, elle conduit à toutes sortes de théories extraordinairement habiles et subtiles, de superstitions, de dogmes et de croyances. Si vous voyez que la peur est destructrice, alors comment allez-vous vous y prendre pour en effacer toute trace dans votre esprit ? Vous dites que fouiller les racines de la peur vous en libérerait. Mais est-ce bien exact ? Essayer d'en découvrir les causes et d'en connaître l'origine ne suffit pas à éliminer la peur.

LES PORTES DE LA COMPRÉHENSION
ON ne peut pas faire disparaître la peur sans comprendre, sans explorer vraiment en profondeur la nature du temps, c'est-à-dire de la pensée, c'est-à-dire du mot. D'où notre question : existe-t-il une pensée en dehors du mot, existe-t-il une pensée sans le mot qui est la mémoire ? Si l'on ne voit pas quelle est la nature de l'esprit, le mouvement de l'esprit, le processus de connaissance de soi, cela n'a guère de sens que de se contenter de dire qu'il faut être libre. Il faut considérer la peur dans le contexte global de l'esprit. Et pour voir, pour explorer tout cela en profondeur, il faut de l'énergie. L'énergie ne s'acquiert pas par l'absorption de nourriture — même si cela fait partie des nécessités du corps. Mais voir — au sens où je l'entends — requiert une immense énergie; et cette énergie se dissipe lorsque vous vous battez à coups de mots, que vous résistez, que vous condamnez, que vous êtes imbu d'opinions qui vous empêchent de regarder, de voir — toute votre énergie y passe. Donc, en accordant votre considération à cette perception, à cette observation, vous ouvrez à nouveau les portes...


LA PEUR NOUS POUSSE À OBÉIR...


POURQUOI ne faisons-nous qu'obéir, suivre et imiter ? Pourquoi ? Parce qu'à l'intérieur de nous-mêmes, nous redoutons l'incertitude. Nous voulons des certitudes, financières, morales, nous voulons êtres approuvés, être en position de sécurité, éviter à tout prix d'être confrontés aux problèmes, à la douleur, à la souffrance, nous voulons être en lieu sûr. Donc, consciemment ou inconsciemment, la peur nous pousse à obéir au maître, au leader, au prêtre, au gouvernement. La peur nous empêche aussi de faire des choses éventuellement nuisibles pour les autres, car le châtiment nous attend. Ainsi, derrière toutes ces actions, ces envies, ces visées, se cache ce désir de certitude, ce désir d'être rassuré. Donc, si l'on ne dissout pas la peur, si l'on ne s'en délivre pas, peu importe qu'on obéisse ou qu'on soit obéi; ce qui compte, c'est de comprendre cette peur, jour après jour, et de comprendre les multiples visages de la peur. Ce n'est qu'une fois que l'on est libéré de la peur qu'apparaît cette qualité intérieure de compréhension, cette solitude dans laquelle il n'est aucune accumulation de savoir ou d'expérience, et c'est cela et cela seul qui peut apporter, dans cette quête du réel, une lucidité extraordinaire.
Confrence peur la confiance en soi

FACE À FACE AVEC LE FAIT...

DE quoi avons-nous peur ? Est-ce d'un fait ou d'une idée concernant le fait ? Est-ce la chose telle qu'elle est que nous redoutons, ou ce que nous pensons quelle est ? Considérez la mort, par exemple. Avons-nous peur du fait de la mort ou de l'idée de la mort ? Le fait réel et l'idée que l'on s'en fait sont deux choses très différentes. Si j'ai peur de l'idée, du mot mort, je ne comprendrai jamais le fait, je ne le verrai jamais, je ne serai jamais en contact direct avec lui. Ce n'est que lorsque je suis en communion complète avec le fait que je ne le crains pas. Si je ne suis pas en communion avec lui, j'en ai peur, et je ne peux pas être en communion avec lui tant que j'ai une idée, une opinion, une théorie à son sujet. Je dois donc savoir très clairement si j'ai peur du mot, de l'idée, ou du fait. Si je suis libre d'affronter le fait, il n'y a rien à comprendre : le fait est là, et je peux agir. Si par contre j'ai peur du mot, c'est le mot que je dois comprendre; je dois entrer dans tout le processus que le mot, que l'idée impliquent...
Ce qui cause la peur, ce sont mes opinions, mes idées, mes expériences, mes connaissances, mes appréhensions au sujet du fait, mais pas le fait lui-même. Tant que se déroule autour d'un fait le processus du langage, qui lui donne un nom, qui permet à la pensée de le juger à la façon d'un observateur, de le condamner, de créer une identification, la peur est inévitable. La pensée est le produit du passé, elle n'existe qu'au moyen de mots, de symboles, d'images; et tant qu'elle commente ou traduit un fait, il y a forcément de la peur.

AU CONTACT DE LA PEUR
IL y a la peur physique. Par exemple, quand vous voyez un serpent, un animal sauvage, la peur naît instinctivement : cette peur est normale, saine, naturelle. Ce n'est pas de la peur, c'est le désir de se protéger — qui est normal. Mais l'autoprotection d'ordre psychologique — c'est-à-dire le désir de certitude permanente — engendre la peur. Un esprit qui veut toujours être sûr de tout est un esprit mort, car il n'y a dans la vie aucune certitude, aucune permanence... Lorsqu'on entre en contact direct avec la peur, il y a une réponse du système nerveux, et ainsi de suite. Alors, lorsque l'esprit cesse de fuir dans les mots et dans des activités de tous ordres, il n'y a plus de division entre l'observateur et l'objet de son observation, qui est la peur. Seul l'esprit qui cherche à s'échapper se dissocie de la peur. Mais quand il y a réellement contact avec la peur, il n'y a pas d'observateur, d'entité qui dit : « J'ai peur ». Donc, dès l'instant où vous entrez en contact direct avec la vie, ou avec quoi que ce soit, il n'y a plus de division — c'est cette division qui engendre la compétition, l'ambition, la peur.
L'important n'est donc pas de connaître la « recette qui libère de la peur ». Si vous cherchez une voie, un moyen, un système pour vous débarrasser de la peur, vous serez à jamais prisonnier de celle-ci. Mais si vous comprenez la peur — ce qui ne peut se produire que lorsque vous entrez en contact direct avec elle, comme vous êtes en contact avec la faim, comme vous êtes directement en contact avec la peur du licenciement qui menace —, alors vous agissez efficacement; ce n'est qu'alors que vous vous apercevrez que cesse toute peur — et nous disons bien toute peur, et non telle ou telle forme de peur.LA PEUR EST LA NON-ACCEPTATION DE « CE QUI EST »
LA peur trouve des évasions de formes différentes. La plus commune est l'identification — l'identification avec un pays, avec la société, avec une idée.
N'avez-vous pas remarqué la façon dont vous réagissez lorsque vous assistez à un défilé militaire ou à une procession religieuse — ou lorsque votre pays est sous le coup d'une invasion ? Vous vous identifiez à un pays, à un être, à une idéologie. En d'autres occasions, vous vous identifiez avec votre enfant, avec votre femme, avec telle ou telle forme d'action : ou d'inaction. L'identification est un processus d'oubli de soi : tant que je suis conscient du « moi », je sais qu'il y a là de la souffrance, des conflits, une peur incessante. Mais si je peux m'identifier à quelque chose de grand, et de réellement valable, tel que la beauté, la vie, la vérité, la croyance, le savoir, ne serait-ce que temporairement, j'échappe au « moi », n'est-ce pas ? Si je parle de « mon pays » je m'oublie pour un temps. Si je parle de Dieu, je m'oublie. Si je peux m'identifier avec ma famille, avec un groupe, un parti, une idéologie, je jouis d'une évasion temporaire...

Savez-vous maintenant ce qu'est la peur ? N'est-ce point la non-acceptation de ce qui est ? Il nous faut comprendre le mot acceptation. Je ne l'emploie pas dans le sens d'un effort que l'on peut faire pour accepter. La question d'accepter ou non ce qui est ne se pose pas si je le perçois clairement. C'est lorsque je ne le vois pas clairement que je fais intervenir le processus d'acceptation. La peur est donc la non-acceptation de ce qui est...

Energie de la peur


CE DÉSORDRE QUE CRÉE LE TEMPS...

LE temps signifie partir de ce qui est pour aller vers « ce qui devrait être ». J'ai peur, mais un jour je serai libéré de la peur; le temps est donc nécessaire à cette libération — du moins, nous le croyons. Passer de ce qui est à « ce qui devrait être » implique le temps. Or, le temps sous-entend qu'un effort a lieu dans l'intervalle séparant ce qui est de « ce qui devrait être ». La peur me déplaît, et je vais faire un effort pour la comprendre, l'analyser, la disséquer, ou en découvrir la cause, ou encore la fuir totalement. Tout cela suppose un effort — et nous sommes habitués aux efforts. Nous sommes toujours pris dans un conflit entre ce qui est et « ce qui devrait être ». « Ce qui devrait être » n'est autre qu'une idée; or cette idée est fictive, elle ne coïncide pas avec « ce que je suis », qui est le fait; et « ce que je suis » ne peut se modifier que si je comprends le désordre que suscite le temps.
... Alors, m'est-il possible de me débarrasser de la peur d'une manière totale, radicale et instantanée ? Si je laisse persister la peur, je vais susciter un désordre perpétuel; on voit donc que le temps est un élément de désordre, et non un moyen de se délivrer définitivement de la peur. Il n'existe donc pas de processus graduel permettant de se débarrasser de la peur, pas plus qu'il n'existe de processus graduel pour se débarrasser du poison du nationalisme. Si l'on est nationaliste, tout en annonçant l'avènement final de la fraternité universelle, dans l'intervalle il y a des guerres, il y a des haines, il y a la détresse, il y a cette abominable division entre les hommes; en conclusion, le temps crée le désordre.
QUEL REGARD AI-JE SUR LA COLÈRE ?
LE regard que je porte sur la colère est évidemment celui de l'observateur en colère. Je dis : « Je suis en colère ». Dans le feu de la colère, il n'y a pas de « je »; le « je » se manifeste tout de suite après — ce qui implique le temps. Puis-je regarder le fait sans qu'intervienne le facteur temps, qui est la pensée, qui est le mot ? C'est ce qui se produit quand l'observation a lieu sans l'observateur. Voyez où cela m'a mené. Je commence à présent à me rendre compte qu'il peut exister une « vraie vision » — une perception sans opinion, sans conclusions préalables, sans condamnation ni jugement. Donc, je saisis qu'il est possible de « voir » sans qu'intervienne la pensée, c'est-à-dire le mot. L'esprit est hors de portée des griffes des idées, des conflits de dualité et de tout le reste. Puis-je alors considérer la peur autrement que comme un fait isolé ?
Si l'observation d'un fait isolé n'a pas suffi à vous ouvrir totalement les portes sur l'univers de l'esprit, alors il faut revenir au fait, et recommencer, en examiner d'autres, jusqu'à ce que vous commenciez vous-même à voir cette chose extraordinaire qu'est l'esprit, que vous en ayez la clé, que vous puissiez ouvrir les portes, et faire irruption dans cet univers...

... Si l'on n'examine qu'une sorte de peur : la peur de la mort, la peur du voisin, la peur d'être dominé par votre conjoint (les questions de domination vous sont familières), cela suffira-t-il à ouvrir les portes ? C'est la seule chose qui compte — et non la recette pour se libérer — car à l'instant même où vous ouvrez les portes, toute peur est complètement balayée. L'esprit est le résultat du temps, et le temps, c'est le mot — c'est tellement extraordinaire, quand on y songe ! Le temps, c'est la pensée : c'est la pensée qui engendre la peur de la mort; et le temps — qui est la pensée — tient entre ses mains toutes les complexités, toutes les subtilités de la peur...

Liberte

LA RACINE DE TOUTE PEUR...


LA soif de devenir est à l'origine de nos peurs : être quelqu'un, réussir et donc être dépendant — tout cela engendre la peur. L'état de non-peur, ce n'est ni la négation, ni le contraire de la peur, ce n'est pas non plus le courage. Lorsqu'on comprend les causes de la peur, elle cesse d'exister, sans qu'il soit question de devenir courageux, car tout devenir porte en lui le germe de la peur. La dépendance par rapport aux objets, aux personnes ou aux idées a pour origine l'ignorance, l'absence de connaissance de soi, la pauvreté intérieure; la peur suscite l'incertitude dans notre univers mental et affectif, bloquant toute communication et toute compréhension. Grâce à la connaissance de soi nous commençons à découvrir et à comprendre les causes de la peur — non seulement des peurs superficielles, mais de toutes les peurs accumulées, les peurs profondes, originelles. La peur est à la fois innée et acquise; elle est liée au passé, et pour délivrer de la peur notre système de pensée-perception, le passé doit être compris à travers le présent. Le passé ne cesse de vouloir donner naissance au présent qui devient la mémoire identificatrice du « moi » et du « mien », du « je ». L'ego est la racine de toute peur...

SE LIBÉRER DE LA PEUR..Extrait/Jiddu Krishnamurti - Le livre de la Méditation et de la Vie...

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